Il est bon de temps en temps de s’échapper des posts anecdotiques et racoleurs pour poser de vrais dossiers et réflexions autour de thèmes majeurs qui animent notre société. Mais ce n’est pas encore le cas aujourd’hui.

Etant né en 1978, je suis d’une génération où le film porno n’était pas un lieu, contrairement à la génération d’avant ayant connu les cinémas X. Le porno n’était pas non plus une adresse web ou un fichier torrent, comme cela peut l’être aujourd’hui avec l’expansion interrompue du porno pirate et légal sur la toile.

Non, à mon époque, le porno était un objet, un objet noir en plastique, la VHS, que nous cachions dans les cartables, dissimulée dans des boites de jeux vidéos – oui c’était aussi une époque ou les boites de jeux vidéos étaient à peine plus petite que des boites de céréales, avec leurs lots de 7 disquettes à charger sur l’Atari ou l’Amiga.

Entre le moment ou la nouvelle circulait dans le collège – untel a enregistré le film sur canal – et le moment ou vous parveniez à insérer la cassette tant désirée dans le magnetoscope familial, il pouvait se passer 10 jours. Le temps que votre nom arrive enfin au sommet de la liste d’attente d’Untel, le temps qu’il vous amène la cassette, le temps que vous trouviez l’occasion d’avoir la maison pour vous tout seul, et le temps d’en avoir envie – non je plaisante, à cette âge-là on en avait toujours envie. 10 jours, un grand contraste avec les temps actuels ou une simple requête sur emule ou google suffit pour déverser un flot d’images et de videos pornos comme pas possible.

Ce trafic de VHS dans le boitier de jeu vidéo, adoptée par l’ensemble des garçons du lycée, était tellement rentré dans notre système nerveux que je ne peux m’empêcher d’associer les premiers films pornos que j’ai pu voir dans ma vie avec le titre du jeu dans lequel je le dissimulais.  Par exemple, New Wave Hookers II reste irrémédiablement associé avec Captain Blood sur Amiga. C’est comme ça.

Voyez que ça rentre.

La VHS une fois dans le sac, c’était un trésor des ténèbres. Une boite de pandorre, on avait peur qu’elle pousse des cris au fond du chevignon. C’était le “possible-enveloppé” Deleuzien, on était tellement excité d’avance par le contenu de la cassette que la cassette en elle-même finissait par nous exciter.

Ce culte de l’objet a finalement disparu grâce ou à cause de la dématérialisation, et au lieu d’être excité par un objet noir en plastique, une nouvelle génération finit par l’être à travers une barre de progression de download atteignant les 98%. C’est une autre poétique de l’attente.

Non seulement le support du film avait changé, mais le genre cinématographique à part entière – après le triomphe des années ciné X durant laquelle on s’était mis à faire des histoires autour de scènes de sexe, le format est redevenu, grâce à l’immédiateté du net, au chapîtrage, aux sites hollandais et à Bangbus, un ensemble de séquences plus courtes, à la narration plus franche, de 3 à 10 minutes. Plus de fast forwards paniqués en regardant par la fenêtre pour voir si la voiture n’arrive pas,  que ma génération a tellement connu.

Je dis “redevenu” car les premiers films porno tirés à grande échelle, les skinflicks américains ou suédois, duraient le temps de la bobine super 8, de 2’40 à 3’30, cela ne laissait pas beaucoup de temps à l’histoire, il fallait juste trouver une bonne grange et une mandarine pour éclairer tout ça.

Tout ça pour dire que face à cette explosion du format et de la narration, certaines boites de production américaines semblent aujourd’hui se diversifier en prenant le sens inverse et en travaillant la prod : c’est le cas de Digital Playground, qui annonce à corps et à cris (c’est le cas de le dire) sur le net avoir bouclé “The Biggest Adult Production in History” : Pirates 2 : Stagnetti’s Revenge.

Ce qui est drôle, c’est que cet argument premier n’est jamais chiffré. Ca fait combien ? 10.000 dollars ? 100.000 dollars ? L’attaché de presse se borne juste à dire que Pirates 1 était déjà le porno le plus cher de l’histoire, et que le 2 est dix fois plus cher. Wow.

Sous le biais apparemment d’un remake de Pirates des Caraïbes, “Pirates 2 : Stagnetti’s Revenge”, tente, toujours selon le communiqué de presse de réconcilier les moyens de prod d’un divertissement grand public avec le porno : effets spéciaux et modélisations en 3D (brrrr les squelettes) , costumes, histoire, dialogues,action (j’en doute pas), suspense, et tutti quanti.
Bande annonce soft de l’opus, tellement soft qu’elle est sur Youtube :

Je ne sais pas qui est ce Stagnetti, mais je ne doute pas que sa revanche viendra atteindre le casting nombreux et intellectuel de cette oeuvre ( jesse jane, belladonna, jenna haze, riley steele, katsuni, sasha grey, et d’autres noms improbables).

Plus original, le marketing plus qu’agressif autour du film, dont le site officiel offre bannieres, wallpapers, codes youtube, téléchargements HD, Ipod, et peut-être même avatar msn en cherchant bien : http://www.piratesxxx.com/pirates2/trailers.html

Le film sort même en Blu-Ray – j’ai trés peur du résultat d’ailleurs – si la HD reste formidable pour observer un bourgeon ou un un dauphin, je prévois le mal de mer quant au visionnage du bourgeon des piratesses sur un plasma full hd faisant la moitié du mur.

Anyway, les temps sont durs. Le porno a ses secrets que la raison ignore, et je ne sais pas si plus d’histoires, plus d’effets spéciaux ou plus de costumes rendent forcément le désir du visionneur plus authentique. Ayant osé glisser Deleuze dans ce post, je concluerai par lui :
“L’intérêt peut être trompé, méconnu ou trahi, mais pas le désir.”

Ah, et au fait, je n’ai jamais joué un seul niveau de Captain Blood.

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