Le sommet de Copenhague. Je ne suis pas spécialiste en la matière – mais ce qui est rassurant, c’est que ceux qui prétendent l’être n’écrivent rien de bien clair à son sujet non plus. Vous avez compris ce qui s’est passé là-bas, vous ? Moi je n’ai pas compris. Je suis pourtant du genre à lire les journaux, suivre l’actualité, mais là c’est un truc qui est resté opaque pour moi. Les journalistes en ont beaucoup parlé sans en parler, il y sont allés, ils ont montré qu’ils y étaient, ils portaient de beaux cols roulés et de beaux manteaux, Canal nous a fait loler mais….rien d’autre.

La réalité c’est que Copenhague mariait deux sommets : un officiel, celui des représentants politiques, et celui du peuple, au sein d’un “Klimaforum”, qui joua le rôle du poisson pilote du sommet pendant les 12 jours. Un RÉGAL d’images pour les journalistes. Un melting pot de nationalités, d’accents, de diplomates africains en boubous, d’irlandais bien roux, de  chinois bien bridés, bref du Roland Emmerich, comme quelqu’un l’avait dit sur twitter. Oui, le sommet de Copenhague fut une sorte de film catastrophe de Roland Emmerich, et la catastrophe fut le sommet en lui même.

Je ne suis pas d’un naturel critique, mais dès le début je n’ai pas cru en cette sorte de kermesse ou des péruviennes en chapeau melon allaient émouvoir des politiciens qui, convaincus de la gravité de la chose, allaient signer de merveilleux accords.  Les images trop policées, le confort trop visible, le tout trop photogénique. Et la journaliste citoyenne-monde tapant sur son laptop apple dans la zone wifi du forum en sirotant un smoothie, pas crédible. Je veux de la journaliste militante monosourcil, qui crache par terre et envoie des coups de boules.
Signe avant-coureur du FAIL annoncé, le film stupéfiant de bêtise diffusé en début de sommet. Officiel.
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Non mais sans déconner les gars. C’est une conférence sérieuse ou bien ? Si les accords de Yalta s’étaient passés de nos jours, aurait-on eu droit à un clip aussi monstrueux, se terminant par “Rebuild Europe. Please” ? Des images et SFX dégoulinants, tout cela n’est pas sérieux.
Une fois les ONG gentiment virées, les politiques sont ensuite arrivés pour leur sommet, et il se déroula exactement ce qui devait se passer, à peu de choses près. Chacun a joué son rôle, et cela a surpris tout le monde. Oui, Obama est jazzy, oui, il peut parfois improviser pour la beauté de la note, mais bon, pas au point de slammer dans le public, voyez. Déception.

Interactive Roundtable Discussion on Climate Change

Parmi les 1000 responsables à blâmer de cet échec, moi j’aimerais bien accuser un coup la ville de Copenhague, qui n’était pas faite pour ce sommet. Pour plusieurs raisons :
1. Trop hype, trop attractive, trop bobo magnet.
2. Trop jolie et trop verte. Quand on est à Copenhague, on a du mal à se rappeler qu’il faut flipper pour l’environnement. I GOT A POINT.
3. Trop froide !! Comment tu prends conscience du réchauffement climatique comme il se doit, en te pelant du matin jusqu’au soir ? Seriously ?

Quitte à avoir froid, autant organiser le sommet à Norilsk, en Russie, où il fait un bon -20, mais qui revêt bien plus de puissance symbolique. C’est la photo que j’ai mise en en-tête de ce post. Cette ville est spécialisée dans le traitement des métaux lourds. Elle pompe deux millions de tonnes de matières polluantes par an. L’espérance de vie y est de dix ans inférieure à la moyenne russe. En organisant la chose en Russie, on vient s’asseoir sur les jambes du problème, plus près de la Chine, et le cul sur le noyau de tous nos tracas – la future crise énergétique qui nous attend.

Ou alors un endroit bien chaud et bien moite, et bien pollué, en Inde ou en Zambie par exemple, pays ultra pollués,  où nos politiques auraient étouffé, des auréoles aux aisselles, la cravate écartée, prenant pleinement conscience des mots réchauffement et asphyxie, et insistant, excédés, au bout de deux jours, pour signer ce foutu accord afin de retourner dans leurs avions climatisés. Ça,  ç’aurait été bien.

bon, et les ambassadeurs du temps ?

J’y viens. Ce matin, dans ma caisse,  j’entendais à la radio un historien dire que malheureusement, les hommes politiques sont dans le présents, et ont du mal à s’impliquer et sacrifier leur vie politique pour des enjeux concernant 2050 et plus. L’historien disait ” Ceux que ça intéresserait de manière très pressante, ce serait les politiques des années 2050, 60, 70, mais malheureusement, ils ne sont pas encore là , ou alors il viennent de naître”. La politique contemporaine est naturellement tournée vers le court et moyen terme, le long terme n’existe pas, l’organiser ou s’en soucier est utopique.

Et là je me suis dit un truc. Tous les pays ont des centaines d’ambassadeurs. Qui représentent une projection du pays dans l’espace. Par exemple, l’ambassadeur des USA en France. C’est tiré par les cheveux, mais on considère, que passé les barrières de l’ambassade, vous êtes aux USA. Alors que vous êtes en France, physiquement parlant.
On pourrait très bien créer une génération supplémentaire d’ambassadeurs, qui eux, seraient une projection du pays dans l’espace…et le temps. On choisirait des profils particulièrement remarquables pour leur capacités d’analyse et d’anticipation. On recrute un gars. Et on lui crée une ambassade, de France par exemple, mais France 2030-2040. On lui dit “voilà, ta mission, c’est un sacerdoce. Tu vas devoir, chaque jour de ton mandat, défendre les droits, les intérêts, et le quotidien des citoyens Français de 2030. Passé la porte de ton ambassade, nous sommes en 2030. Tu peux passer des accords commerciaux, protocolaires, allouer des budgets à des sociétés de 2009 qui nous paraissent totalement WTF maintenant, mais qui auraient un sens dans 30 ans”.

L’ambassadeur du temps. Il pourrait en exister plusieurs, mais c’est déjà plus compliqué, ils devraient bosser étroitement de pair. Par exemple l’ambassadeur de France 2040 pourrait ratifier en une signature les accords passés par celui de 2030, alors que l’inverse n’est pas possible. Partons humble, une seule équipe, sur un seul timeshift.

Passé ce portail, vous êtes en 2030. Tous les pays suivent également ce précepte. Les ambassadeurs des 2030 se retrouvent entre eux. Ils sont officiellement considérés comme vivant dans ce calendrier-là. C’est un voyage temporel forcé : puisqu’on ne peut pas déplacer l’homme dans le temps, déplaçons le temps vers l’homme. Or comme le temps est un concept, il est modifiable. Si un ambassadeur du temps meurt pendant l’exercice de son mandat, sa date de décès est fixée à la date de son mandat. Jean Dugland, ambassadeur du temps, 1945 – 2038.
L’ambassadeur du temps est coupé du monde réel – c’est une condition sine qua non à l’exercice de son mandat. Il dispose de données et de logiciels informatiques ultra-développés, ainsi que de rapports scientifiques des quatre coins du monde, lui permettant de reconstruire le plus fidèlement possible, et d’anticiper le plus fidèlement possible, son présent. Bien sûr, le champ d’action politique est très difficile à travailler pour lui, car la diplomatie est guère prévisible, elle dépend des évolutions macroéconomiques. Mais en ce qui concerne l’environnement, l’aménagement du territoire, la recherche, il a carte blanche.

Si les ambassadeurs du temps du monde entier, de pays en pays, ont des antagonismes, ceux-ci s’estompent face aux antagonismes d’une époque sur l’autre. Je m’explique : si l’ambassadeur 2030 Ricain et 2030 Chinois ont du mal à s’entendre en réunions, ils deviennent très unis lorsqu’il s’agit de traiter avec les ambassadeurs 2009 de leurs pays respectifs. Les ambassadeurs 2030 ont vu dans les yeux, ressentent au plus profond d’eux, le monstre climatique qui se pose à eux, et les simulations de leurs superordinateurs affichent sur leurs écrans, tous les matins, les photos synthétiques des cadavres de milliers de réfugiés climatiques.

Ils auraient un dress code propre à leur fonction, coupé rétromoderne par des couturiers extrapolant la mode. Ainsi un ambassadeur 2009 dans les années 60 aurait porté de beaux collants argentés et cols roulés en strass.
En tout cas, à Copenhague, les ambassadeurs du temps auraient sauvé la situation.
Marchant comme un seul homme, fendant le Barnum de la foule, le groupe des ambassadeurs 2030, éclatants dans leurs saris translucides et leurs lunettes dorées, auraient attiré des soupirs d’admiration, se seraient attablés, et auraient narré, avec des mots  bien plus convaincants que ceux d’un film publicitaire, l’horreur de leur quotidien.

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