banpeguy

Comme de toutes façons, mon statut de vacancier entraine de la part de mes plus fidèles compères  une nuée de moqueries sur mes incompétences à twitter ou bloguer de manière aussi musclée que d’habitude,
Comme, je n’interromps mes brasses ou mes bronzes coulés que pour faire ce qui me plait durant cette semaine de farniente,
Je lance une série kamikaze, pas forcément estivale, sur les écrivains dont le style a marqué ma vie.
Inaugurant la série, le vaillant Charles Peguy.  Si ça passe avec lui ça passera avec tout le monde.

Samir Nasri et Karim Benzema fêteront leur 30 ans en 2017. C’est cette même année que l’oeuvre la plus tardive de Charles Peguy passera dans le domaine public.
Les 75 ans règlementaires auraient pourtant permis le domaine public dès 1987. Néanmoins, l’oeuvre Péguyenne bénéficie d’une exception : l’auteur étant “mort pour la france”, son oeuvre bénéficie d’une prolongation de droits d’auteurs de 30 ans.

Oui, Peguy est mort pour la France, d’une balle en plein front, en 1914, la veille de la bataille de la Marne, en donnant l’assaut. Un FAIL qui a des accents de WIN, puisque Péguy avait lui-même glorifié la mort au combat dans un poeme que personnellement je trouve “trop connu” , un peu à la manière d’un fan des B-52’s qui en a marre qu’on lui parle de Love Shack – juste un extrait  :

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés – Dans la première argile et la première terre. – Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre. – Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.

Je n’ai pas eu l’éducation littéraire que je souhaitais avoir, en ayant choisi une filière scientifique. Je ne prétend pas être spécialiste de littérature – et je pense que c’est cela qui est intéressant.
Quand un pote me conseille un livre, je l’achète la plupart du temps, quand c’était un professeur je ne le faisais jamais. Il fallait que cela soit obligé et noté.  Je ne sais plus lequel d’entre eux, en classe, m’a mis sous les yeux un texte de Peguy.

Donc je ne suis pas une encyclopédie littéraire ,mais j’ai une certitude, c’est que je suis un amoureux du style. Un amoureux transi.
C’est difficile à expliquer, le style. C’est une fulgurance, c’est lorsque le fond et la forme se mèlent, par le biais de la rédaction, dans un mariage à la fois visuel et sonore parfait. Ou alors, volontairement imparfait. Dans les deux cas, j’aime le style quand il représente l’adéquation parfaite, ciselée, entre le propos, les mots utilisés pour le rendre, et la manière dont ça claque.

De par ma culture littéraire incomplète, ou alors de par ma génération pop et multisupports, j’ai toujours placé le style avant l’oeuvre. Je sais reconnaitre la valeur d’un roman par rapport à un post de blog, mais je peux être ému ou frappé par la justesse d’une phrase avec la même intensité pour un twit bien roulé que pour une page de Proust.

Il faut quand même que ça raconte quelque chose – je veux dire par là que toute cette époque nouveau roman, voire structuraliste, ou l’on manipule, et retourne une phrase jusqu’à ce qu’elle soit bien morte ou désarticulée, ne m’a jamais émue.

D’un point de vue des blogs, c’est également la seule chose que je recherche et que j’aime lire. C’est pour ça que je ne joue pas vraiment le jeu de la blogosphère – un blog de news ne m’intéresse jamais par exemple.

Tous les blogs que je lis, et tous les gens vers lesquels je me suis rapprochés sur twitter ont pour moi un style efficace. J’ai de vrais plaisirs à les lire, même si cedont ils parlent m’intéressent rarement.
Mais la bonne nouvelle, c’est que certains d’entre eux se foutent également du sujet de leurs posts, ils cherchent matière à écrire. Parfois ils ne veulent pas l’avouer.

Je m’étais déjà étendu sur le sujet dans un post intitulé “le blogueur et son orchestre“,  si vous aviez un disque dur vierge, et souhaitiez lire les blogueurs que j’aime bien au niveau du style, je citerais toujours un peu les même.

Bref Peguy.
De mon top intime, mon écrivain préféré est Richard Brautigan. Il sera au centre d’un autre post. J’ai pour Peguy un affectif immense. Il partage la tête de mon top français avec peut-être des écrivains dont le nom suffirait à vous hérisser les poils. C’est un peu mélanger du ketchup avec du caviar, mais ce top imaginaire regroupe Céline, Proust, Houellebecq, Sollers, Djian, Calaferte. Oui oui, j’ai bien dit Sollers, oui oui, j’ai bien dit Djian également- vous constatez mon absence totale de hiérarchie.

Peguy n’a rien pour être vraiment à la mode. D’une part, il fut socialiste. De l’autre, il fut catholique.
Et son style, même, certains peuvent le hair. Peguy aime prendre les mots et les répéter, il  les pétris et vous les rebalance de vers en vers, pas pour faire son malin ou travailler la structure. Non, ce n’est pas un style à clés, ce n’est pas un style à analyse, c’est une mélopée parfois lancinante – et ce qu’il fait pour sa pensée catholique, sa religion à lui, choque moins pour les autres religions et cultes, ou la répétition, la mélopée, est fréquente.

Mr Wikipedia dit à juste titre que la religion de Peguy est païenne, au sens de Paysan. Pour comprendre la religion de Peguy il faut s’imaginer l’Angelus, cette peinture du couple de paysans qui prient. Ce n’est pas la religion des palais, c’est la religion de la terre, du sang mêlé à la terre, de la terre de France. Aujourd’hui ces valeurs ne sont reprises que par d’obscurs partis politiques, parler de terre de France c’est pas dans le coup.

Mais je ne saurai que trop conseiller à ma majorité de lecteurs athés ou d’une autre religion de sortir le texte de Peguy de sa veine catholique – sa lecture poétique pure est recevable – voir même sa transposition.

Je n’ai pas tout lu de Peguy, et certains textes sont assez imbitables, mais si vous avez le courage d’y rentrer, je vous conseille Le Porche du Mystere de la Deuxième Vertu. C’est mon oeuvre préférée de Charles.

Je ne peux pas isoler un extrait de cet oeuvre poétique. Mais je vais le faire quand même. D’un point de vue stylistique, c’est du Peguy de chez Peguy. C’est tiré vers le début de l’oeuvre. Les propos sont prêtés à Dieu.

J’éclate tellement dans toute ma création.
Dans l’infime, dans ma créature infime, dans ma ser-
-vante infime, dans la fourmi infime.
Qui thésaurise petitement, comme l’homme.
Comme l’homme infime.
Et qui creuse des galeries dans la terre.
Dans les sous-sols de la terre.
Pour y amasser mesquinement des trésors.
Temporels.
Pauvrement.
Et jusque dans le serpent.
Qui a trompé la femme et rampe pour cela sur
le ventre.
Et qui est ma créature et qui est mon serviteur.
Le serpent qui a trompé la femme.
Ma servante.
Qui a trompé l’homme mon serviteur.
J’éclate tellement dans ma création.

Je rappelle que cela date de 1912.
Si vous bloquez, ne continuez pas.  Si ça vous interpelle, allez lire carrément tout le début de l’oeuvre ici.
J’ai pas grand chose d’autre à rajouter, je ne veux pas convaincre, je devais le présenter. Si la rencontre doit se faire entre vous et son oeuvre, elle se fera.

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