Disclaimer : je n’étais ni fan de Johnny Hallyday, ni fan de M. Enfin c’est plus compliqué que ça. J’avais beaucoup écouté le premier album de M à l’époque, j’avais même vu un de ses premiers vrais concerts je pense, c’était au New Morning, j’étais alors stagiaire™ à Paris™, oui, comme beaucoup de jeunes provinciaux qui se respectent j’ai eu mon stage™ à Paris™. Ca devait être en 1997 je pense. C’était dans une boite de prod de clips – ils filaient plein d’invites. Mais après j’avais décroché quand M était devenu populaire. Je l’ai croisé il y a six mois en revenant de Paris à l’aéroport, il était avec sa petite fille, il avait l’air sympa.

Quant à Johnny je n’ai jamais été FAN, je trouve son nom ridicule. Et l’homme un peu attristant ces dernières années, avec ses problèmes de medocs, de boisson, le perso un peu ringardo, son exaspérante laeticia, l’univers qui l’entoure, les T-shirts ou sa gueule sérigraphiée apparait en surimpression sur des profils de chiens loups ou de cheyennes. Enfin c’est plus compliqué que ça également – sa chanson “L’envie” faisant partie de mon top 20 d’île déserte en version live – mais c’est accidentel (meilleure version Bercy 87).

Et pendant ces vacances de Noël, je tombe sur cette vidéo. Johnny, que tout le monde avait déjà enterré, remonte sur scène à l’occasion d’un concert de M à Montpellier. Il y interprète “Tanagra”, une chanson de M, en sa compagnie. Et là, je ne sais pas à quoi c’est du – trop d’huitres, trop de vin blanc, trop de tout, le relâchement nerveux post-craypion, mais je suis impressionné aux larmes par le truc. Les comebacks me font énormément pleurer en général – je dois avoir des gènes américains. Les Français n’aiment pas les comebacks, ils attendent que les gens reviennent pour leur en mettre plein la patate. Moi j’adore les comebacks. Surtout les comebacks de vieux, ça me touche. Inutile de vous dire que par exemple, tous les Rocky, avec leur structure échec/revanche, et à échelle macro, le comeback de Rocky Balboa dans le dernier opus, me plurent énormément.

Je me souviens avoir failli pleurer à la lecture d’une critique superbe du film – je pensais que c’était dans les inrocks et j’allais en citer un extrait, mais la version publiée en ligne ne me rappelle rien . Ou alors j’avais vraiment été ivre ce soir là pour pleurer de ce papier. Mais c’était très beau, ça parlait de rédemption, de corps épuisé, bref de comeback.

Johnny c’est compliqué d’en parler. Entre le mépris total et hautain, et le sourd fanatisme, j’avais choisi d’adopter cette sorte d’attitude apitoyée et souriante, matinée de quelques expressions, de type “c’est un showman mais il fait de la peine”, “c’est une bête de scène mais un gros ringard”. Et en écoutant Tanagra, cette attraction/répulsion habituelle a laisse place à de l’attraction pure, volume à fond, chair de poule. Un homme revenu d’entre les morts et débarrassé de tout son apparat habituel, fumées, grues et capes, apparaissant dans la lumière, pour chanter pas n’importe quoi, un blues des plus classiques dans sa forme, où on lui demande juste qu’une chose, de sortir tout ce qu’il a en lui.

Et de ce vieux cheval fatigué, que l’on voit en Johnny depuis plusieurs années déjà, j’ai l’impression que l’on a jamais vu aussi belle et aussi difficile course – je ne l’ai jamais vu aussi simple, en prise de risque, en fragilité, un peu gauche mais absolu, cette homme vieux dont on peut douter de toutes les sincérités sauf d’une seule : celle d’aimer le rock. Et si le rock’n roll de Johnny me paraissait autrefois aussi kitsch qu’un parc d’attractions OK Corral de Toulon Ouest, où les apaches qui te servent les sandwichs ont l’accent de Bormes-Les-Mimosas, là, pour la première fois, j’ai vu un Johnny 100% rock’n roll, aussi rock’n roll que toutes les icones rock’n roll anglaises et américaines. Parce qu’il est mort, et qu’il chante encore – et si maintenant commençait la plus belle partie de sa carrière ?

M interpelle Johnny en fin de chanson, Johnnt est complètement ailleurs, il ne fait pas de vraies phrases, vous remarquerez même qu’il arrive à peine à trouver une posture normale, ses bras balancent, ses jambes gondolent, ses gestes sont inappropriés. Il ne sait plus faire qu’une chose, chanter le blues, dégagez-vous tous, virez moi ces caméras, Johnny veut chanter, laissez-le casser les murs et partir chanter dans les montagnes, bordel, vas-y CRIE JOHNNY.

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