A cette question tout de même assez importante, un “Non”, un “Oui”, un “Un Peu” et un “Peut-être” après le jump. Et comme d’habitude sur ce blog, on va s’amuser et apprendre deux trois trucs.

Non, car il n’a pas le sens du rythme.

Il danse même aussi bien qu’un journaliste des Inrocks sur un catamaran. Quelle déception. Il n’est pas dans le sol, comme on dit dans le milieu de la danse. Un simple balancement d’épaule bien placé aurait suffi, mais là ça ne le fait vraiment, vraiment pas. Non, Barack Obama n’est pas Hip Hop.

Oui, car il il cite Jay-Z en meeting pendant les primaires.

SI vous ne reconnaissez pas la citation pourtant fortement marquée, vous êtes pardonné. Voilà la track original de Jay-Z auquel Barack fait gestuellement allusion, “Dirt Off My Shoulder” :


Un Peu
, il avoue écouter Jay-Z et Kanye, mais reste tout de même Old School et préfère la soul. Il parle du Hip-Hop et de son problème avec les lyrics dans cette interview :

Peut-être, les anti-Obama se plaisent à dire que le President Elect et sa femme utilisent beaucoup dans leurs discours des termes emblématiques de la The Nation of Gods & Earths“, un mouvement philosophico-religieux considéré comme un spin-off de la secte “Nation of Islam”.
Les hommes (principalement les hommes noirs) y sont tous considérés comme Dieu à condition qu’ils fassent partie des 5% qui savent (qui ont la connaissance, qui professent la connaissance, l’alphabet et les mathématiques d’Allah), luttant contre les 10% d’hommes qui exploitent, pour amener à la lumière les 85% restant d’hommes exploités.
Les adeptes de ce mouvement, appelés aussi Five Percenters, comptent parmi eux un incroyable nombre de rappers célèbres, dont Rakim, le Wu-Tang Clan, Brand Nubian, Hell Razah, Poor Righteous Teachers, Gang Starr, J-Live, Planet Asia, AZ.
Si vous connaissez un peu le Wu Tang Clan et avez écouté le dernier album 8 Diagrams, il est truffé de références à la Nation of Gods and Earths. Le DJ du Wu Tang, déjà, tient son nom d’un terme propre à la NGE : Allah Mathematics. Un des morceaux de 8 Diagrams, Sunlight, est une ode de RZA à Allah.

Le raccourci des conspirationnistes est ciblé, car rapprocher Obama des Five Percenters, c’est affirmer qu’il est musulman, et ce détail aurait fait le jeu des républicains pendant la campagne. Mais les Five Percenters n’ont absolument rien à voir avec les musulmans, ils n’ont même quasiment rien en commun si ce n’est l’interdiction du porc. Un musulman verrait même d’un oeil assez choqué les préceptes de la NGE, qui n’interdit rien, et laisse libre chaque homme, qui possède Dieu en lui, de définir lui même les propres règles de son Royaume.

La Nation of God & Earths est contemporaine du Hip Hop, est née avec lui et de lui.
Je vous invite à lire cet article de Nico sur la NGE et à mater ce clip sur Youtube parlant des liens entre hip hop et NGE.

Pour la petite histoire, la rumeur sur des Obama Five Percenters s’est déclenché après l’emploi par Michelle Obama en meeting de termes appartenant au champ lexical trés précis de la NGE : notamment “our word is our bond”, and “my brother’s keeper”.
Mais comme je l’ai dit, NGE et hip hop sont si étroitement liés, et tant d’artistes et de chansons de rap se sont inspirés de la NGE (ne citons que les termes “Represent” et le G (god) des Warren G, Kenny G, et autres), qu’il est à la rigueur plus probable que Michelle se fusse inspiré des morceaux de rap de son autoradio que de la doctrine de la NGE.

Obama nocif au Hip-Hop ? Après l’avoir soutenu activement pendant toute la durée de la campagne, quels lyrics écriront demain les rappeurs d’aujourd’hui ? Un noir, de Chicago, président, quel rêve plus fou, quelle victoire contestataire plus évidente peut-on encore réclamer ?

Hip-hop ou pas, beaucoup d’artistes risquent le syndrome de la page blanche maintenant que cette belle aventure est achevée.
Un exemple. Will.I.Am. Bon, ce n’est pas à proprement parler un rappeur, mais avant l’élection, il réalise ce clip “Yes We Can”, merveille de sobriété, de phrasé, de solennité historique, que tout le monde a vu sur Youtube.

Obama élu, il nous pond le jour d’après une énorme bouse, une chanson de merde, “It’s a New Day”. Comme si les tympans du garçon s’étaient dissous dans la victoire.

Espérons que les rappeurs gardent encore en eux assez d’insatisfaction pour faire du bon rap. Et malheureusement, Obama n’étant pas capitaine Flam, ils auront encore de quoi écrire.
Car dès lors qu’ils ne contesteront plus rien, ils se mettront à faire du rap pour blancs et nous parler de nichons et de bagnoles.

Comble de l’horreur, un article de The Daily Beast nous apprend qu’un petit nombre de rappeurs, à l’instar du New Yorkais Jim Jones, ont remplacé dans leurs paroles The N* Word (Nigga) par Obama. Yo, ‘bama.

tempus efficitur. nunc justo libero. Donec ipsum