De notre envoyé spécial à Nancy, 5 Octobre 2011

« On ne peut pas aller aux Maldives en pédalo ». Cette phrase, prononcée avec ironie il y a deux ans de cela, Cécile Duflot l’assume d’un demi-rire. Il faut dire que la jeune candidate d’Europe Ecologie ne partage plus beaucoup de point communs avec ce qu’elle était en Janvier 2010, revenant alors d’un voyage en avion aux Maldives qui fit scandale. La peau tannée par près de 18 mois de traversée à travers trois continents, le corps considérablement aminci, des bras fins et musclés à peine dissimulés par un sari indien, Cécile Duflot est une autre femme.

« Cette phrase m’a couté cher, et je le méritais » avoue-t-elle en esquissant un sourire apaisé. « Elle a non seulement ruiné notre victoire aux élections régionales de 2010, mais m’a mis à dos un grand nombre de camarades écologistes qui jusque-là avaient crus en moi. En allant aux Maldives en avion, et surtout en prononçant cette phrase, j’ai fait preuve d’une grande ignorance ».

Après la défaite des régionales, Duflot connut le doute. « D’un coup, votre téléphone sonne moins souvent. Vos partenaires de combat les plus fidèles font des réunions sans vous. Je me sentais isolée. Un besoin de changement s’est fait sentir. J’ai tout de suite eu envie de repartir aux Maldives. Mais cette fois-ci, comme il fallait ».
Car aller aux Maldives en pédalo, ou du moins en pédales, c’est possible. L’anglais Jason Lewis  et l’expédition 360 ont ouvert la voie en réalisant le tour du monde à pied, à vélo, et en pédalo, durant 13 ans, parcourant plus de 40 000 kilomètres sans jamais utiliser une seule fois un autre moyen de locomotion.

« Mon plan de route a suivi le leur », explique Cécile Duflot en esquissant un signe amical aux jeunes Lorrains venus pour elle, qui continuaient à l’acclamer depuis une barrière habillée aux couleurs du projet « Maldives en Pédalo 2011 ».
« Tout d’abord, de Nancy à Istanbul, via l’Autriche, l’Allemagne, la Bulgarie, la Serbie, la Grèce. Je suis partie seule. Je voulais d’abord faire l’expédition avec une assistante journaliste qui aurait pédalé avec moi et « bloggué » mon voyage jour après jour. Mais les profils ne convenaient pas. Les candidates journalistes ne savaient pas pédaler, et les sportifs ne savaient pas écrire… enfin, vous voyez ce que je veux dire. J’ai donc rédigé mon journal moi-même ».

« Après la Turquie, j’ai traversé une partie du continent africain et du Moyen-Orient, via la Syrie, la Jordanie, le soudan et l’Égypte pour arriver à Djibouti. La traversée du désert du Sinaï fut une réelle épreuve pour moi. J’ai toujours fait du vélo, mais sous cette chaleur, j’ai vraiment dû aller au-delà de mes forces », confie la liane brune, regardant discrètement sa montre.
En effet, Cécile Duflot, d’ici une petite demie heure, devra quitter Nancy pour Paris, invitée par un hôte de marque : le président Nicolas Sarkozy.
« Cela n’a rien à voir avec ce que vous appelez ma popularité, ni avec l’épisode du Yemen, ni pour les prochaines présidentielles. Il m’accueille pour l’exploit sportif, d’abord. Pour le reste, nous verrons plus tard », sourit-elle.

La popularité, Cécile Duflot l’a goûtée dès les débuts de l’expédition. Les billets de son blog, écrits au jour le jour et relatant de la difficulté de l’épreuve, non sans une sensibilisation à l’écotourisme, furent suivis par des millions de lecteurs et suscitèrent un engouement national. Les quelques critiques du monde politique, qualifiant l’expédition d’« opération de com », se sont tu rapidement au vu de l’exploit sportif réalisé par la jeune femme.

Après 7 mois de traversée, Cécile Duflot arrive à Djibouti et entame la traversée en pédalo de la mer d’Oman. Et au large du Yemen, c’est le drame. Cécile, son pédalo et son MacBook deviennent la cible de pirates Somaliens. Au bout de 48 heures de captivité, les pirates estiment (à tort) leur butin comme dénué de valeur marchande, et finissent par relâcher notre malheureuse à l’endroit de leur méfait.
« Après ces deux jours de capture, j’ai été bouleversée par les messages de soutien sur mon blog. Je n’avais pas eu autant de visiteurs depuis la photo de mon bain topless sur l’étape de Serbie. J’ai pu voir les messages adressés par le Président Sarkozy aux pirates à la télévision, et une grande fierté m’a envahie ».

Car le rapprochement Sarkozy-Duflot, initié lors de l’épisode du Yemen, a pris rapidement des accents de rapprochement politique. Une ouverture opportuniste du Président, qui ne fut pas sourd à l’enthousiasme généré par la jeune femme tout au long de la traversée.

Arrivée aux Maldives, après 9 mois de voyage depuis Strasbourg, la jeune femme ne change pas ses plans initiaux, et passe exactement quinze jours au resort qui l’attendait, assiégée par les télévisions du monde entier. Quinze jours précieux pour enfin goûter à un repos bien mérité.
« L’avantage d’y aller en pédalo et pas en avion, c’est également de pouvoir profiter de la matinée du dernier jour », philosophe Cécile.

C’est donc par un chemin déjà connu que l’exploratrice amorça son retour vers la France en janvier dernier, reposée mais un peu lassée. « Le début du retour a été le moment le plus dur psychologiquement. Neuf mois pour revenir, c’était long. Les miens me manquaient. Les Français m’ont beaucoup encouragée. Les gens commençaient à me reconnaitre sur le chemin. Au retour sur la mer d’Oman, j’ai recroisé mes pirates, qui cette fois-ci me saluèrent et m’offrirent un briquet ».

C’est ce matin, sur la place Stanislas, que cette belle aventure s’est achevée sous la clameur d’une foule venue de tout l’hexagone. Duflot, épuisée, laissant son vélo et son Macbook s’affaisser sur les pavés, s’est précipitée dans les bras de son compagnon. « 18 mois, c’est long. » reconnaît-elle.

Ce seront ses derniers mots pour l’interview. Une attaché de presse tapote sa montre et me fait signe que l’entretien est terminé. Cécile Duflot est attendue par le Président. Et Paris, même si ce n’est pas les Maldives, c’est  loin.

Un Hummer aux couleurs de l’expédition « Maldives en Pédalo 2011 » s’arrête devant nous. Un Jet privé attend la candidate depuis 3 minutes, elle est en retard sur le programme.
Duflot s’échappe en un sourire, retrouvant avec plaisir le confort d’un siège cuir. Une femme pressée, une femme d’avenir.
Les Maldives en Pédalo, c’était possible.

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